Il y a des gens qui dorment bien.
Qui laissent filer.
Qui ne s’encombrent pas de tout ce qu’ils ne peuvent pas changer.
Et parfois, je les regarde avec une forme d’admiration tranquille,
un peu d’envie, et beaucoup de questions.
Parce qu’eux, pendant que je refais le monde dans ma tête,
pendant que je cherche des solutions avant même qu’il y ait un problème,
eux, respirent.
Ils vivent.
Simplement.
On dit souvent que la charge mentale,
c’est ce que le monde met sur nos épaules.
Mais non.
La pire charge, c’est celle qu’on se met soi-même.
Celle qu’on s’impose par peur de décevoir,
par besoin de bien faire,
par amour aussi, souvent.
Celle qu’on traîne parce qu’on veut tout anticiper, tout maîtriser, tout réparer.
Et à force, on s’épuise à vouloir être irréprochable
dans un monde qui, lui, s’en fout.
On devient nos propres bourreaux.
Nos propres geôliers.
On se torture à coups de “il faut” et de “je dois”,
alors qu’on aurait juste besoin de douceur.
Pendant ce temps, ceux qui lâchent un peu le contrôle, avancent.
Ils ne culpabilisent pas.
Ils ne s’excusent pas de vivre léger.
Ils ont compris que le monde continue même quand on s’arrête un instant.
Et si, au fond, la vraie force,
c’était d’apprendre à ne plus tout porter ?
À dire “tant pis” au lieu de “encore un effort” ?
À se foutre un peu la paix ?
Parce qu’à force de tout vouloir gérer,
on oublie de vivre.
Et la liberté, la vraie,
commence peut-être le jour où l’on dépose les armes.
Où l’on cesse d’être son propre tortionnaire.
Et où l’on se choisit, enfin.



